Oyonnax na na na nère

•5-février-2010 • Laisser un commentaire

Cette année, le prix d’Amérique, c’était une histoire de cote. Pas de côte -tout le monde sait qu’il n’y a plus de véritable montée sur la nouvelle piste de Vincennes- non de cote. Le temps d’une course, tous les chevaux ont une cote. Bien sûr, ils ont la cote ou ils ne l’ont pas. S’ils ne l’ont pas, ils sont délaissés à la cote. Même bien coté, ils passent parfois à côté. C’est ce qui est arrivé à Quarla dimanche. Dans la côte, elle a voulu faire l’extérieur, autrement dit passer sur le côté. Elle y est resté.

Avoir la cote ne suffit pas à remporter un prix d’Amérique. Ni un prix de Cornulier. Dimanche dernier, Oyonnax était joué, sa cote était basse. Mais c’était Oyonnax(e) du Mal. Il a pris la main de son jockey et l’a sévèrement asticoté le pauvre Maxime Bézier. Du coup, ce dimanche, Oyonnax était complètement abandonné, aussi délaissé qu’un automobiliste sur la bande d’arrêt d’urgence d’une autoroute. 172 contre 1. Parfois, à Vincennes, en semaine, il n’y a pas même pas le 1. Là, c’était le prix d’Amérique, il y avait peut-être une centaine de 1 dans les tribunes. Pas plus. 172 contre 1, on ne parle même plus d’outsider, on parle d’extrême outsider. Peut-être même d’outsider extrême. Pour le coup, ce fut plutôt un insider extrême. Jusqu’à mi-ligne droite, le commentateur n’a pas cité son nom. Même après, la surprise était telle qu’il n’a pas eu le temps de dire Oyonnax(rgue) tout le monde. Ni Oyonnax na na na nère. Ni Oyonnax et Quaker Jet terminent cote à cote. 172/1 et 107/1. Tarabiscoté.

Alors, dans le silence, dans le si se lancent les travées. Et si Ready Cash ne s’était pas retrouvé les 4 fers en l’air, vu qu’il était déferré des 4 pour la première fois, il n’aurait pas laissé autant de regrets. Il aurait gagné. Arrêté. Et si Qwerty n’avait pas laissé sa place à Quaker Jet, peut-être que Queen’s Glory l’aurait emporté. Et si Martens savait driver, ça se saurait. Nouba aurait gagné. Et Sea Cove aurait gagné. Avait gagné. Le turfiste parle au conditionnel, il est dans l’irréel du passé. Sans les si, il n’aurait jamais vu Pierrot soulever le trophée, Ultra Ducal toiser Verdict Gédé ni Vonvon faire gagner Insert Gédé. Sans les si, Meaulnes du Corta n’aurait gagné qu’une fois le prix d’Amérique. Et aurait couru dimanche son dernier. Pourtant, chez les bookmakers, pour la course de l’année prochaine, il est à 172/1. Et si c’était un signe ?

You’re the First, I’m the One

•24-janvier-2010 • Laisser un commentaire

Si, dans la rue, au hasard des rencontres, on posait la question “qu’est ce qu’évoque pour vous un Cornulier ?”, il y aurait des “il me semble que c’est un habitant de Cornu, charmant petit village des Pyrénées Orientales, …”, des “oui, je sais, c’est une des inventions de Paul Cornu, l’aviateur, …” des “c’est le plus célèbre des cors n’est-ce-pas, le Stradivarius des cors français, ah ce Nulier, quel génie, …”, des “c’est la nouvelle exposition à Beaubourg, ils manquent pas d’air avec leur art contemporain, des corps nus liés, et puis quoi encore …”. Et il y aurait ça.

Le Cornulier, c’est un prix, un prix de Cornulier, c’est une course, c’est une course pour trotteurs montés. La plus grande course de l’année dans cette discipline. Une course à nulle autre pareille. C’est la course des chevaux qui en ont. Des jockeys sur le dos. Le trotteur monté, c’est le cheval redevenu sauvage, délesté de son sulky, de cette étonnante “charrette” dont on l’attelle parfois.

Une course de trot monté, ce sont des chevaux qui se toisent, des chevaux qui se frôlent, qui font sentir à l’autre qu’ils sont là. C’est une bagarre de cours de récréation, c’est Ilster d’Espiens qui dit à Jag de Bellouet, le caïd de l’école, attrape moi si tu peux, c’est Maradona qui, du haut de ses six ans, défie Claudio, Alfredo et Mario, ses aînés de la calle où il est né, c’est le football de la rue, c’est le trot farouche et primitif, le trot fauve, le fauve-trot.

Le Cornulier, c’est parfois une course de jockeys. Qui cherchent à se faire un nom. Le plus souvent un prénom. C’est souvent une histoire de famille. Aujourd’hui, c’était une course de chevaux. Rien qu’eux. Les jockeys ont fait de la figuration, montré la casaque au défilé et au premier passage devant les tribunes. Le peloton était groupé, pas encore de distancés. Jean-Loïc Claude Dersoir avait compris qu’il ne gagnerait pas son cinquième Cornulier aujourd’hui. Peut-être par procuration car son One du Rib était déjà bien placé. Un bon signe. Oyonnax prend le meilleur dans la descente, il prend aussi la main de son jockey, Maxime Bézier. Il l’embarque, prend les commandes, s’auto-monte. Il dévale la descente, avale la plaine, il leur montre ce qu’il vaut. Il en fait trop. Rombaldi, ce CP si brillant qui vient d’arriver à l’école et qui veut déjà jouer avec les CM2, est un peu chahuté. Il s’emporte, il monte sur ses grands chevaux, et son jockey est impuissant. Il se rapproche très vite au petit bois. Trop vite. Trop tôt.

On arrive en haut de la montée. C’est le moment de vérité. Le moment de trotter jusqu’à bout de souffle. Les meilleurs se rangent les uns à côté des autres. Chacun jette pour son adversaire un dernier regard. On lit la crainte dans le regard de Rombaldi, le désir dans celui de One du Rib, le courage dans celui de Première Steed, la gourmandise dans celui de Priscilla Blue, le calme dans celui de Paola de Lou. Les autres regardent les élus avec envie. Peut-être l’année prochaine seront ils à leur place.

One du Rib est le plus prompt, il prend une demi-longueur, il jauge ses adversaires. Oyonnax n’est plus qu’une proie sur lequel il va fondre, Rombaldi est à bout de souffle, Priscilla Blue a du mal à virer. Mais Première Steed a l’oeil noir de ses plus belles victoires et Paola de Lou le sourire ironique de ses plus belles chevauchées.

Alors One du Rib se perd dans ses pensées. Il pense à First de Retz, son père, qui a gagné deux fois (enfin 3) cette course, à Jean-Loïc, son jockey, le jockey de son père et de son premier Cornulier, à Joël, à tous ces petits copains du Ribardon, à David, à ses poumons, à cette cendrée qu’il aime et qu’il frôle de ses pieds nus aujourd’hui. Il se sent bien. Il respire à pleins poumons. Il sait. Il sait qu’il va gagner. Confirmer ce Cornulier gagné à 5 ans, ce Cornulier dont on a dit à tort que ce n’était pas une grande édition. Il se souvient. Il y avait Jag de Bellouet, il y avait Mara Bourbon, il y avait des champions. Et je l’ai gagné. Et je vais le gagner de nouveau. Comme mon père. You’re the First, I’m the One.

Il dépasse déjà Oyonnax. On ne voit plus que lui. Paola de Lou, 2ème du Normandie, 3ème des Élites, 2ème l’année dernière, 2ème cette année. C’est une reine sans couronne, une reine des podiums. Première Steed a retrouvé Nivard. Ces deux-là s’adorent. Ils ont brillé plus d’une fois ensemble. Aujourd’hui encore, ils font les beaux sur la photo. Ils ne sont qu’à une longueur du gagnant. Priscilla Blue et Malakite, courageuses, complètent le quinté d’un bien beau Cornulier.

Le Cornulier, chaque année, c’est une course hippique, une lutte épique, une tragédie équestre.

Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire

•16-janvier-2010 • Laisser un commentaire

C’est une cendrée collante qui décidera demain (dans l’édition 2010 du Prix Ténor de Baune) du cheval de 6 ans qui participera au Prix d’Amérique. Du Q qui aura la chance d’en être. Et il se pourrait bien que ce soit Queen’s Glory.

(source: Le cheval-Bleu)

Queen’s Glory est peut-être à l’heure actuelle la jument la plus vite de Vincennes. Pourtant, elle est aussi discrète sur la piste qu’en dehors. Quand elle se lance dans les 250 derniers mètres, elle semble glisser sur la piste, l’effleurer, la caresser; elle va vite mais sans se précipiter, sa gestuelle reste naturelle même à pleine vitesse, c’est ce qui fait tout son charme.

Queen’s Glory, elle est tellement discrète qu’elle commence à peine à être connue dans les bars PMU. Il faut dire qu’elle ne court pas des tiercés tous les jours, et quand elle les court, ça vire au “C’est pas croyable de finir si vite, j’avais le 6 gagnant“.

Queen’s Glory, elle se fiche de la mode. Toutes ses petites copines sont pieds nus, bardées d’artifice: elle n’en a que faire, elle reste simple, elle court chaussée, elle a les oreilles bouchées, elle n’a jamais senti le bruit de la cravache. Depuis que la reine Qualita Bourbon a quitté les podiums, c’est Quarla qui fait les gros titres. Elle n’en a cure, elle préfère rester cachée dans le peloton.

Queen’s Glory c’est une reine, la reine d’un royaume qui ne passe jamais dans les JT… Peut-être que si elle gagne le Ténor de Baune, puis le Prix d’Amérique en suivant, elle aura droit à un peu de gloire…

Tête et corde

•16-janvier-2010 • Laisser un commentaire

Quand il s’est emparé, sans trop de mal, de la tête et de la corde cet après-midi dans le Prix de Croix, Björn Goop, au sulky de Nu Pagadi, celui que Stig Johansson présente comme le successeur de Victory Tilly, a du se dire que le plus dur était fait et que la belle crinière rousse de son cheval allait virevolter sous la pluie parisienne jusqu’au poteau d’arrivée. Sur les images d’Equidia, au petit bois, on n’avait pas encore vu les deux frères ennemis, Ready et Rolling. On s’est même demandé un instant s’ils ne s’étaient pas accrochés et avaient disparu de la course. À vrai dire, à part Roc Meslois qui suivait le cheval allemand, les autres se confondaient avec le machefer.

Puis, à l’entrée du tournant final, le driver-suédois-qui-parle-français a vu passer un train (un petit train : locomotive et wagon). Pas le TER, le TGV, le vrai. À cet instant, son cheval faisait figure de cheval de sang-froid. Qu’a fait Björn à ce moment-là ? Rien. Inte någonting. Il n’a même pas esquissé le moindre signe de tête vers eux. Son cheval et lui sont restés là, et ont fini par prendre le second accessit à la fin.

Ils ont quand même pu voir l’entrée en gare, la locomotive tout en prenant une voie de garage a pris de vitesse son wagon, qui a filé droit. Rolling d’Héripré bat Ready Cash. À la régulière. Ce n’est pas la première fois.

Samedi 28 février 2009 : Prix de l’Étoile. Le champion Ready Cash se présente auréolé de 5 succès dans le meeting (dont le Critérium des 3 ans, facilement). Roc Meslois décide de lui mettre la pression. Qu’à cela ne tienne, Ready le renvoit à ses études. Mais Rolling est là pour le cueillir. Le chronomètre est extraordinaire pour des chevaux de cet âge. 1’11’2 départ volté. On se dit qu’il a eu un parcours parfait, etc.

Toujours est-il que depuis Ready Cash n’a plus réussi à le battre dans les grandes courses. N’est ce pas dès lors la photo de la passation de pouvoir ?

Réponse à la prochaine pause, dans la cour de récréation. Et cette fois-ci, le CM2, Meaulnes du Corta, sera là.

Le jeudi, c’est PMU !

•12-mai-2008 • Laisser un commentaire

Le jeudi, y a même des courses à midi, où ai-je mis mon RMI ?

Oh, revoir…

•7-mars-2008 • Laisser un commentaire

Je vois Offshore Dream préparer le prochain Prix d’Amérique et Orla Fun le GNT -ah non cet hiver elle a franchi un palier, elle va donc préparer le prochain Prix de Paris-…

Je vois Exploit Caf préparer la Loterie, Oiseau de Feux le grand Prix d’Oslo et Infinitif le Canada…

Je vois Pearl Queen préparer sa retraite, Prodigious le prochain semi-classique et Lady d’Auvrecy le Grand Critérium de Vitesse de Basse Normandie…

Je vois Nimrod Boréalis, Kito du Vivier et L’Amiral Mauzun attendre un coup de fil des Scandinaves pour se mettre à préparer l’Elitloppet ou l’Olympiatravet -à défaut, ils y iront rendre 50 mètres sur le GNT ou 75 mètres dans le Trophée Vert-…

Je vois Opal Viking devancer en 1’11’1 les cracks français Opus Viervil et Nijinski Blue dans un Critérium de vitesse de la Côte d’Azur au suspense hitchcokien…

Et je revois Ourasi affronter Mack Lobell et Sugarcane Hanover

Chrono final : 1’11’5 …

Le grand Meaulnes

•31-décembre-2007 • Laisser un commentaire

Meaulnes du Corta est un véritable champion : sa popularité semble faible au regard de son palmarès remarquable et de son incroyable destinée.

Il débute sa carrière par 5 victoires consécutives (la dernière au dépend d’un certain Daguet Rapide, star précoce de cette génération) puis se fait battre de peu par la championne Mahana dans le Prix Capucine. Drivé ce jour-là par Pierre Levesque, il fait forte impression car son driver ne peut véritablement le lancer dans la ligne droite.  Ses deux courses suivantes se soldent par des victoires semi-classiques et il est archi-favori du Critérium des 3 ans. Dans cette course, il se montre fautif au départ, perd du terrain puis revient au contact des animateurs avant de s’enlever dans le dernier tournant alors qu’il ne semble pas battu. Grosse déception à peine atténuée par une nouvelle victoire semi-classique pour débuter son année de 4 ans. C’est sa 8ème victoire en seulement 10 courses.

Il court ensuite le Prix du Plateau de Gravelle contre ses aînés, des chevaux endurcis (Hélia Barbès, Tsar d’Inverne notamment) et il laisse une impression extraordinaire : il termine sans forcer dans le dos des premiers… pour sa 11ème course, à 4 ans à peine… Cette course sert de préparation à sa brillante victoire dans le Prix de Sélection (sa première victoire classique, comme Insert Gédé, en espérant pour lui qu’il n’ait pas autant la poisse que son aîné dans le Prix d’Amérique …). Il survole la course et gagne en 1’12’6, départ volté. Son driver du jour, Jean-Michel Bazire, qui n’est pas le premier venu, parle déjà du prix d’Amérique !

Puis le cheval se dirige tranquillement vers le Critérium des 4 ans : il remporte facilement le Prix Gaston Brunet, dernière préparatoire. Il ne semble pas avoir de rivaux à sa mesure dans sa génération. Mais, une fois de plus, il ne pourra pas le démontrer dans un Critérium. Boîteux lors de son dernier exercice, il est déclaré non partant dans la grande course du printemps : quel dommage ! C’est la fin de la première carrière de Meaulnes du Corta. 13 courses, 10 victoires (1 groupe I, 4 groupe II). Franchement extraordinaire pour un cheval à l’évidence peu précoce.

Sa seconde carrière commence seize mois (!) plus tard, sous un nouvel entraînement, et dans l’anonymat d’une épreuve du GNT. Puis, la ligne droite du Prix Jockey sert de tremplin à sa première victoire dans un Critérium : celui des 5 ans. Il domine Mara Bourbon, en qui il a trouvé une rivale à sa mesure dans la génération des M. Elle prend sa revanche dans le Championnat Européen des 5 ans dans les semaines qui suivent. Pour ces deux chevaux exceptionnels, le Prix d’Amérique 2006 se profile. D’autant plus que leurs rentrées respectives sont excellentes dans le Prix Doynel de St Quentin. Meaulnes laisse des regrets dans le Prix de Bretagne, puis se fait surprendre par Dumle Loss dans le Prix Marcel Laurent. L’avenir s’annonce doré… La veille de Noël 2005, le cheval est essayé au monté mais l’essai s’avère mitigé, il ne termine que 4ème derrière Joyau d’Amour, Jeff du Fruitier et Jag de Bellouet tout de même.

Il court ensuite le Prix de Belgique. Le cheval part favori, et il déçoit, il n’est que l’ombre de lui-même… Ses supporters (dont je fais partie) veulent croire à une contre-performance sans lendemain et espèrent le voir au départ le dernier dimanche de janvier. Ce ne sera pas le cas. Le cheval fait sa réapparition (rentrée !) dans le Prix de Paris et démontre qu’il n’a rien perdu de sa superbe : déferré des 4, il se montre fautif en abordant le dernier tournant alors qu’il semble posséder d’énormes ressources… Trois semaines plus tard, ces ressources-là sont intactes et il domine très facilement un lot très bien composé dans le Prix du Bois de Vincennes.

L’année 2006 ne se résume presque qu’à cette seule victoire. Fin décembre, le cheval fait une rentrée correcte dans le Prix de Chateaudun mais des ennuis de santé l’empêchent de nouveau d’être au rendez-vous dans le Prix d’Amérique 2007. Il semble décidément bien mal en veine quand le meeting d’hiver s’annonce. Il n’a pas même pas 30 courses au compteur, n’ayant jamais pu exploiter son immense potentiel… mais les dieux des courses veillent sur lui : son année 2007 est ainsi de toute beauté. 15 courses courues (plus du tiers de l’ensemble de ses courses !!), 7 victoires, 4 places, 600.000 euros de gains.

Cela commence par une nouvelle rentrée dans le Prix de Paris : nouvelle belle course, 5ème d’un Jardy des grands jours. Puis par une seconde place malheureuse derrière Kazire de Guez pour sa dernière course. Et une nouvelle victoire dans le Prix du Bois de Vincennes. Et l’on retient ensuite la superbe victoire dans le Prix de l’Atlantique devant Nouba du Saptel et Kool du Caux, la défaite face à ce dernier dans le Prix René Ballière, le doublé Prix d’Été-Coupe du Monde (de France) de Trot, et enfin sa victoire d’aujourd’hui dans le Prix de Bourgogne où il vainc le signe indien : il remporte la première victoire de sa carrière au mois de décembre, mois souvent synonyme de pépins !

Sauf incident, sa participation au Prix d’Amérique 2008 est acquise. À 8 ans, il a (enfin) le droit d’inscrire son nom dans le grand livre des vainqueurs du Prix d’Amérique. Il n’y dépareillerait pas, Meaulnes du Corta. Oh non, loin de là…

Nouba, c’est aussi simple que ça !

•10-décembre-2007 • Laisser un commentaire

Pour tous ceux qui aiment la fille de Canada et de France Douce, voici un petit récapitulatif maison de ces 2 dernières années de carrière.

Nouba du Saptel débute à Vincennes, à la fin de ses 4 ans, le 17 décembre 2005 très exactement, avec jusque là 59.000 euros de gains environ pour 20 courses disputées (5 victoires et 5 places). Sa première course se solde par une prometteuse 3ème place, puis elle gagne brillamment la course suivante le 10 janvier 2006. Elle court de nouveau contre des femelles de son âge la fois suivante, le jour du Prix d’Amérique (je crois bien que c’est ce jour-là que je suis tombé amoureux d’elle !) : elle n’est battue que par Nazla Valière, courant tout de même excellemment ce jour-là. L’ascension de la future championne se poursuit, le 16 février 2006, durant le même meeting d’hiver, par un 2100 mètres autostart (distance qu’elle découvre : ses 3 premières courses parisiennes se sont disputées sur les 2700 m de la grande piste) : elle gagne en 1’13’6 en battant notamment la bonne Nina de Gesvres.

Elle gagne ensuite une petite course à Cholet le 19 mars 2006 avant de s’attaquer, pour sa 5ème course dans la capitale (!), aux meilleurs de sa génération. Pari osé mais réussi : dans un semi-classique, sur  2850 m GP, le Prix Robert Auvray, le 25 mars 2006, elle termine 3ème, à une seconde d’un Neutron du Cébé alors très impressionnant. Elle réédite cette performance trois semaines plus tard dans le Prix Henri Levesque (2175 m GP) : la grande Nouba est alors en marche; ce jour-là, elle trotte 1’11’8, en passant le peloton en revue et en échouant d’un rien face à un Neutron du Cébé de nouveau déferré des 4 et au top de sa forme. Il faut noter que Notre Haufor a lui aussi suivi une trajectoire similaire, brillant dans les gros prix de série le meeting d’hiver 2005-2006 puis s’attaquant aux meilleurs le printemps qui suit, avec des résultats un peu moindre (4ème et 5ème des 2 dernières courses citées).

La jument de M. Geslin, acheté vingt mille francs aux ventes de Caen, prend alors une nouvelle dimension à ce moment-là. Ce que confirme sa seconde place derrière Notre Haufor dans le semi-classique Prix Albert Demarcq, le 6 mai. Dix jours plus tard, elle court l’important Prix des Ducs de Normandie, à Caen, remporté par Kazire de Guez, elle y figure très honorablement puisqu’elle peut prétendre à une place au moment de sa faute.

La superbe machine s’enraye quelque peu durant ce mois de mai, elle connaît quelque petits soucis de santé qui l’empêche de s’entraîner normalement. Elle ne reprend l’entraînement qu’en juillet, si bien qu’il lui sera sans doute difficile d’atteindre sa meilleure forme pour le Critérium des 5 ans, prévu en septembre. Toujours est-il qu’elle fait une rentrée remarquée à Graignes fin juillet (distancée alors qu’elle cherche le passage) puis finit 5ème dans la foulée à Enghien (devancée notamment par un certain Nimrod Boréalis) après un parcours peu limpide (elle rétrograde sur une faute puis revient bien finir). Sans doute à court de préparation, elle termine 6ème du Prix Jockey : c’est, si vous me suivez depuis le début, sa plus mauvaise place sur la cendrée de Vincennes jusqu’à présent. Pourtant, ce jour-là, obligé d’avancer devant les tribunes, elle termine très honorablement, assez près des premiers. La suite : la plupart s’en souviennent encore. Une lutte magnifique avec Notre Haufor dans la dernière ligne droite du Critérium des 5 ans. Ce jour-là, elle démontre qu’elle est de la trempe des meilleurs. Et qu’elle a tout l’avenir devant elle.

La course suivante : la plupart ne s’en souviennent pas, et pourtant cela reste l’une de ses plus belles performances : elle ne termine que 6ème mais pas de n’importe quelle course, du Prix de l’Étoile (quinze jours seulement après le Critérium) et ce dans la réduction kilométrique fabuleuse de 1’11′ départ volté : c’est la jument la plus rapide de Vincennes départ volté. Pearl Queen est loin devant mais une autre reine était sur la piste ce jour-là, et elle l’aurait battue avec un handicap de seulement 25 mètres. Ce n’était pourtant que sa dixième course à Vincennes (certains en sont déjà là à trois ans à peine !) : 2 victoires, 4 deuxièmes places, 2 troisièmes places, et 2 sixièmes places. Elle a désormais 270.000 euros de gains : les courses s’annoncent plus dures mais les promesses laissées sont si grandes …

Le meeting d’hiver suivant arrive : elle fait sa rentrée dans le semi-classique prix Doynel de St Quentin, elle y termine 8ème en trottant 1’14’8. Elle n’a jusqu’alors jamais été déferrée. C’est chose faite dans la course qui suit : déferrée des postérieurs pour le prix de Chenonceaux, sur 2700 m GP. L’expérience est à moitié concluante : elle termine, sans doute encore à court de forme, 5ème. La liste des chevaux qui la devancent dans cette course fait a posteriori frémir : Exploit Caf, Nimrod Boréalis, Nana du Boisnant (au top à ce moment-là) et Offshore Dream le futur vainqueur du PA. Que du beau monde, quand même !

Dix jours après, c’est sur 2100 mètres autostart qu’on la retrouve : elle finit deuxième de Nippy Girl après avoir prolongé son désormais fameux magnifique effort dans le haut de la montée d’une faute qui lui coûte la victoire. Cette défaite fait jaser mais la classe est là et la renommée se propage. Dans le Prix de Blois, début décembre, sur la même distance, elle pulvérise ses adversaires avant de décevoir le jour de Noël dans le Prix Constant Hervieu où elle est incapable de poursuivre son effort dans la ligne droite et termine 6ème.

Dans le Prix de Lille, pour commencer l’année 2007, elle tire le 18 à l’autostart. Cela ne l’empêche pas de terminer 4ème en 1’11’2, My Love Lady réalisant ce jour-là la course de sa vie. Nouba, désormais souvent déferrée des postérieurs, fait une excellente course, sans prendre dur. Arrive le 10 février de cette année. Toujours sur 2100 mètres autostart, elle affronte un lot dans ses cordes mais elle tire le 10. Elle est déferrée des postérieurs et semble au top de sa forme en cette fin de meeting. La simple évocation de cette course me donne encore aujourd’hui des frissons. Elle est plus que brillante ce jour-là, je crois d’ailleurs qu’elle avait été chronométré 1’07″ ou 1’08″ sur ces derniers 500 mètres. Ce jour-là, pour la première fois, je rêve du prix d’Amérique. Et son entraîneur-driver aussi, peut-être, se met à y penser.

Dernière course du meeting : Prix du Plateau de Gravelle. Peu de partants mais un superbe lot et une très belle troisième place : pas déferrée, elle est gênée au moment d’accélérer dans le dernier tournant, la messe est dite, mais ce n’était qu’une bataille … Le reste est encore bien présent dans nos mémoires : mi-mars, elle gagne le grand prix de la Mayenne à Laval (toujours avec style), termine 5ème (en finissant en trombe) dans le grand prix d’Angers, et le moment de vérité survient le 21 avril dans le Prix de l’Atlantique. Comment va-t-elle se comporter face à l’élite du trot français ? On entend encore les réticences des sceptiques : elle part en seconde ligne (numéro 15), elle ne court que pour la seconde fois à Enghien, à ces chevaux-là elle n’arrivera pas à leur faire le coup de la brusque accélération… Et pourtant, si, elle leur fait le coup mais Meaulnes du Corta, courageux comme jamais, en véritable champion, vient la chercher en bout de piste. Eh oui Nouba, la ligne droite est longue à Enghien, même pour toi !

Après cette magnifique performance, la voilà de retour à Vincennes pour préparer le prix René Ballière : elle court le Prix du Crépuscule et cette course porte mal son nom car Nouba est éblouissante ce jour-là, elle gagne en 1’11’0, sans forcer, sur sa classe. Course tout simplement prodigieuse et on ne peut s’empêcher de penser que le fait qu’elle soit déferrée des 4 pieds pour la première fois ce jour-là n’y soit pas étranger … C’est sa 20ème course et sa 4ème victoire à Vincennes.

Place désormais au Prix René Ballière (avec son plateau relevé et sa dotation importante). Elle a beaucoup d’atouts de son côté , beaucoup de monde y croit,  tous les fans espèrent qu’elle va prendre une superbe place pour empocher des gains en vue du prochain Prix d’Amérique. Mais Nouba les déçoit et c’est peut-être sa plus mauvaise course sur le plateau de Gravelles.

Il ne faut pas attendre longtemps pour retrouver la Nouba que l’on aime : dans son jardin, à Laval, elle se promène le 21 septembre, gagne sans en faire trop à Vincennes le jour de la coupe du monde de Trot sur un 2100m, fait un canter à Laval la fois d’après, puis la revoilà pour le meeting d’hiver. Elle court plus que proprement dans le Prix de Bretagne, où elle monte sur la seconde marche du podium, puis fait de nouveau la démonstration de toute sa classe samedi dernier en enlevant brillamment le Prix du Bourbonnais, ce qui devrait lui permettre de courir le Prix d’Amérique (et accessoirement de le préparer sereinement). La liste de ses fans s’agrandit de jour en jour, et ses plus fidèles supporters sont bien sûr soulagés et heureux de la voir récompensée du spectacle qu’elle offre à chacune de ses courses.

À Vincennes, d’après mes calculs, elle a couru 23 fois pour 6 victoires, 5 deuxièmes places (50 % de fois dans les 2 premiers), 3 troisièmes places, 1 quatrième, 1 cinquième, 3 sixièmes, 1 huitième (rentrée) places et une seule disqualification (arrivée 6ème mais ayant empiété sur l’herbe dans le René Ballière).

On le voit, sa carrière est un long fleuve tranquille, où la progression est constante et la classe permanente. La trajectoire de Nouba est si limpide jusqu’à présent que l’on ne peut s’empêcher de penser qu’elle le sera encore à l’avenir.

Le prix de Paris brûle t’il ?

•17-février-2007 • Laisser un commentaire

Jardy, intouchable l’an dernier, remarquable durant l’année et brillant dans le Prix d’Amérique, me semble imbattable dans cette édition 2007 du Prix de Paris. Ce fils de Cygnus d’Odyssée (que j’aimais beaucoup aussi) n’est pas seulement un très beau cheval (beaucoup d’élégance, une tête très expressive). Il a gagné le St Léger des Trotteurs, le Prix de Vincennes, le Prix du Président de la République, il a remporté deux fois le Prix de Paris et il est encore là à 10 ans. Ce n’est pas rien. Il a connu dans sa carrière de sérieux passages à vide (je crus d’ailleurs que c’en était fini de sa superbe) mais JMB et son équipe lui ont peu à peu rendu sa dignité, celle d’un grand champion.

Cette année encore, il a paru en retrait dans les préparatoires mais il fut parfait dans le Prix d’Amérique. Parti lentement, il a brillamment forcé l’allure, puis a semblé complétement abdiquer sous les coups de butoirs de ses compagnons d’écurie, et même devoir finir dans le lointain quand l’extratrotteur Offshore Dream a attaqué. Il a quand même terminé à une encolure d’un Késaco Phédo dont on a pu mesurer dans le Prix de France qu’il n’avait rien perdu de sa classe.

Pour en revenir sur le Prix de Paris, la seconde place sera disputée. Je vois bien Notre Haufor, en faveur duquel plaident le nombre réduit de partants, la distance (cf Critérium des 5 ans sur 3000m) et la forme (plus affuté que dans le Cornulier, où il aurait peut-être pris une place d’honneur sans sa faute).

Enfin, quand on voit que Jardy pourrait rejoindre Bellino II, Vourasie et Gélinotte avec 3 victoires dans cette prestigieuse course, on se dit que le trot, c’est une succession d’histoires d’amour avec des champions (et des anonymes aussi) que les records ou les liens de parenté rapprochent pour mieux nous plonger dans nos souvenirs dorés.

Le nouballet

•11-février-2007 • Laisser un commentaire

10 février 2007. Prix de Munich. Hippodrome de Paris-Vincennes, à l’intersection des pistes. Un peloton d’excellents trotteurs est lancé à vive allure, quand tout à coup, dans un bar-PMU provincial, un turfiste averti confie à son voisin inquiet à qui il a fait jouer dans le tiercé du jour sa jument favorite, Nouba du Saptel (10),  Attends, attends, il ne l’a pas encore lancé, tu vas voir ce dont elle est capable tandis que le commentateur de la course manque de s’étouffer Intersection des pistes, Nérac de Bougy, en tête, semble contrôler facilement la course, à l’arrière-garde, Nouba du Saptel tente un beau rappro… elle est déjà sur la ligne des chevaux de tête, elle prend même la tête, rien ne l’arrête, elle se détache. Au même moment, dans un PMU de l’autre bout de la province, un turfiste du dimanche (enfin du jeudi) c’est qui, c’est qui ce bleu qui est venu en tête si vite, quel numéro ? Pierre Levesque, driver de Last Blue (qui terminera au premier accessit), vainqueur du Prix d’Amérique cette année, raconte Lorsque j’ai entendu Nouba du Saptel se rapprocher derrière nous, j’ai cru entendre un avion et ce n’est pas Vincent Béguin, le chronomètre de Paris-Turf qui le contredira elle a accompli ses derniers cinq cents mètres sur pied de 1’07’5. Le voisin rassuré peut alors crier Ah oui en effet ! et le turfiste du dimanche C’est le 10 ? c’est ça ?

 
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